par Cid de Andrade. Édition 39 du 8 septembre 2026
Temps de lecture : 3 minutes
Petit mot pour celles et ceux qui viennent d'arriver : face à l'IA et à la tyrannie des algorithmes, s'arrêter pour réfléchir est presque devenu un acte de résistance. C'est ce que propose Déclic, deux fois par semaine, tous les mardis et samedis.
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Il y a une phrase qui traverse la tête de beaucoup de monde, souvent au pire moment. Juste avant de prendre la parole devant une salle. Le premier lundi d'un nouveau poste. En relisant une candidature qu'on hésite à envoyer.
« Ils vont finir par se rendre compte que je suis une fraude. »
Ce sentiment porte un nom, le syndrome de l'imposteur, et il ne frappe pas tout le monde avec la même fréquence. Plus on ose faire des pas en avant, et qu'on se retrouve pour les premières fois dans de nouvelles situations, plus on risque de se sentir un imposteur. Celles et ceux qui restent toute leur vie dans ce qu'ils maîtrisent déjà l'éprouvent rarement.
Cette gêne est une étape presque inévitable pour ceux qui avancent et pourrait donc être considérée comme un bon signe.
Quand elle monte, c'est en général qu'on vient de poser un pied hors du périmètre de la maîtrise et de l'aisance. Un instrument de musique commencé à cinquante ans, un dîner où il faudra parler dans une langue étrangère, les premières années suite à une reconversion professionnelle, gérer un repas de Noël pour vingt personnes.
En revanche, deux ans sans la moindre appréhension, professionnelle ou personnelle, c'est probablement le signe qu'on n'apprend plus grand-chose.

L'Homme qui marche, Auguste Rodin, 1907, Musée Rodin, Paris
Le problème commence quand cette sensation d'être une fraude sur le point d'être démasquée devient exagérée, distordue, omniprésente. Elle cesse d'être un repère pour devenir un frein. Elle réduit ce qu'on voit comme étant le champ des possibles et finit par nous empêcher d'aller chercher ce qu'on voudrait faire ou avoir.
Il existe un remède à ça, et depuis que je l'ai découvert, ma vie a changé.
Il suffit d'insérer la nuance « pas encore » dans la phrase qui vous bloque.
« Je ne suis pas à la hauteur » devient « Je ne suis pas encore à la hauteur. »
« Je ne sais pas faire ça » devient « Je ne sais pas encore faire ça. »
« Je n'en suis pas capable » devient « Je n'en suis pas encore capable. »
C'est tout bête, ça ressemble à un jeu de mots. Mais cet ajout change la nature du constat.
Sans lui, vous prononcez un verdict sur ce que vous êtes. Avec lui, vous décrivez l'endroit où vous vous trouvez aujourd'hui, à un moment précis d'un parcours qui continue.
Version imposteur : « Je ne sais pas ce que je fais, ce n'est qu'une question de temps avant que tout le monde s'en aperçoive. »
Version pas encore : « Je ne maîtrise pas encore ce que je fais, ce n'est qu'une question de temps avant que je me débrouille et progresse de plus en plus. »
Même constat de départ, même « question de temps », et deux vies différentes au bout.
Nous ne sommes pas figés. Ce dont nous sommes capables aujourd'hui décrit ce que nous avons pratiqué jusqu'ici, rien de plus.
Cette semaine, faites l'inventaire des domaines où vous ressentez un peu ou beaucoup ce syndrome de l'imposteur, et ajoutez-y la nuance du pas encore.
Puis notez tout ce qui vous passera par la tête comme piste pour avancer, ne serait-ce que d'un cran. Un message à envoyer, une heure à bloquer dans l'agenda, une personne à qui poser une question, une formation en vidéo à regarder après le boulot ?
La plus haute forme de confiance en soi, c'est de croire en sa propre capacité d'apprendre.

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