par Cid de Andrade. Édition #11 du 2 Juin 2026

Temps de lecture : 6 minutes

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La scène que je vais vous raconter, je l'ai vécue il y a quelques jours sur la plage de Flamengo, une plage de ville en plein cœur de Rio de Janeiro. J'y étais à cause d’un impératif familial, et ce soir-là j'avais besoin d'être seul, de prendre un peu l'air.

Les plages urbaines de Rio ne dorment jamais. Il était déjà 19h. Le remblai passait doucement de l'agitation du jour à l'effervescence des kiosques et des bars du soir, mais le sable était presque vide. Les baigneurs étaient rentrés, les pique-niqueurs de nuit n'étaient pas encore arrivés.

J'ai enlevé mes tongs et j'ai commencé à marcher depuis la pointe droite, là où les pêcheurs accumulent souvent plus de canettes de bière vides que de poissons.

L'endroit était d'un calme saisissant. Sur un kilomètre et demi, je n'ai croisé presque personne. Je regardais l'étendue de sable, la baie illuminée, le Pain de Sucre au fond, et j'avais cette impression rare d'être seul au monde.

Au loin, j'ai aperçu un groupe encore assis sur ses chaises pliantes, comme s'il refusait la tombée de la nuit. Ils chantaient ensemble et riaient. En passant à côté, j'ai vu qu'ils étaient au moins dix, sur plusieurs générations. À leur complicité et à leur air de famille, j'ai deviné qu'il s'agissait d'une seule et même tribu.

Je les ai dépassés sans les déranger, ce moment semblait appartenir à une autre époque, celle où les familles passaient la journée entière à la plage.

Une demi-heure plus tard, sur le chemin du retour, je les ai revus exactement au même endroit. Rien n'avait bougé. Toujours tournés vers la mer, toujours en train de chanter. Cette fois je me suis arrêté, gagné par la bonne ambiance. Je me suis assis sur le sable, à une dizaine de mètres d'eux.

S'ils ont remarqué ma présence, ils n'en ont rien laissé paraître. J'ai eu droit à trois ou quatre chansons de plus, puis ils ont commencé à ranger. En secouant les serviettes et en ramassant leurs déchets, une femme, la cinquantaine bien tassée, a regardé les autres et a exclamé :

« Je suis à fond là, j'ai bien rechargé les batteries ! S'il y a une chose dont je ne me lasserai jamais, c'est de passer l'après-midi à la plage. Regarder la mer me repose plus que dormir. »

Cette phrase, surtout la fin, m'a marqué sur le coup. Moi qui traînais déjà plusieurs nuits courtes à cause d'un lit trop petit et du bruit de la ville, j'ai dû lui donner raison. On l'oublie souvent, mais c'est vrai : il y a des choses encore plus reposantes que le sommeil.

Quand je traverse une période chargée, j'ai tendance à tout ramener au manque de sommeil. Et je sais que je ne suis pas le seul. On se couche plus tard, on accumule la fatigue, on répète qu'on est épuisé. Pourtant le problème dépasse souvent le simple repos du corps.

Dans ces moments-là, on abandonne aussi, parfois sans s'en rendre compte, tout un tas d'habitudes qui nous tiennent normalement en équilibre. On mange plus vite, on prend moins de temps pour soi, on s'éloigne de certaines personnes, on délaisse ce qui nous passionne, on s'accorde moins de silence. On ne manque pas seulement de sommeil. On manque de plusieurs formes de repos à la fois.

De plus j'étais en déplacement “ni pro ni vacances” », le genre de contexte où cet équilibre se néglige encore plus facilement. Et de toute façon, même en dormant assez, il nous arrive de glisser doucement loin de ce qui nous ressource vraiment.

Ça m'a fait repenser à la théorie des sept types de repos que j'avais lue il y a longtemps, un extrait du livre que la médecin et autrice Saundra Dalton-Smith a consacré à ce sujet. Elle distingue sept formes de repos, sept manières de récupérer dont on a tous besoin.

  1. Le repos physique, le plus évident, celui sur lequel on focalise tous. Soulager le corps par le sommeil, mais aussi par la détente, les étirements, un massage, ou juste des moments où l'on arrête de le solliciter.

  2. Le repos mental, pour répondre à la surcharge dans la tête. Souffler un peu dans le flot continu d'informations, de décisions complèxes et de soucis. Regarder la mer, regarder la montagne pour ceux qui sont loin de la côte, ou simplement regarder la nature dans un parc : bref, n'importe quelle activité accessible qui ramène un peu de calme intérieur.

  3. Le repos émotionnel, qui consiste à reconnaître ce qu'on ressent au lieu de le ravaler. Parfois ça veut dire demander de l'aide, dire les choses, avoir le courage de dire non ou de poser une limite pour se préserver.

  4. Le repos social, qui touche à la qualité de nos relations. Certaines personnes nous rechargent, d'autres nous vident. Se reposer socialement, c'est passer plus de temps avec les premières et moins avec les secondes.

  5. Le repos sensoriel, devenu précieux dans notre monde saturé. Écrans, notifications, bruit, lumière artificielle : tout ça tire sur notre attention en permanence. Baisser le volume de ces stimulations laisse enfin respirer le système nerveux.

  6. Le repos créatif, qui nourrit notre capacité à imaginer et à nous émerveiller. Il peut venir d'une activité artistique, d'un hobby, d'une balade inspirante, ou simplement de ces moments où l'on laisse l'esprit vagabonder.

  7. Le repos spirituel, enfin, qui répond à notre besoin de sens et de lien. Pour certains ça passe par la prière ou la méditation. Pour d'autres, par la nature, la contemplation, ou le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand que soi.

Mises bout à bout, ces sept formes dessinent une image bien plus complète de ce que veut dire “se reposer”. Elles rappellent qu'une bonne nuit de sommeil, aussi indispensable soit-elle, ne suffit pas toujours à réparer ce qui a été entamé.

Une chose toute simple à essayer : une fois par semaine, passer ces sept repos en revue et se demander honnêtement à quels types on a vraiment accordé du temps. La réponse n'est pas toujours agréable. Mais ça vaut le coup.

On a pris l'habitude de voir le repos comme une récompense, qu'on s'autorise une fois que tout le reste est fait. En réalité, c'est plutôt l'inverse.

Le repos fait partie de ce qui nous permet justement de travailler, de créer, d'aimer et de tenir dans la durée. C'est un besoin de base, au même titre que manger ou boire, et notre corps comme notre tête finissent toujours par nous présenter la facture quand on l'ignore trop longtemps.

L'explosion des burn-out ces dernières années, dont les causes débordent souvent largement le cadre du travail, montre bien que les victimes de ce type de surmenage ont laissé filer plusieurs formes de repos à la fois. De nos jours, le repos n'est plus seulement important. Il devient urgent.

Alors cette semaine, je vous propose un petit exercice. Repérez la forme de repos que vous négligez le plus en ce moment, et accordez-lui un vrai moment, même court, même imparfait. Vous verrez peut-être, comme cette femme sur le sable de Flamengo, que certaines choses reposent plus que dormir.

Test d’intuition

Comme le dernier n’en a pas vraiment été un, pour celui-ci je monte d’un cran le niveau de difficulté. Votre intuition devra vous guider entre 3 possibilités :

1 ) Aucune des 2 images ne montre un produit/service inventé avec une intelligence artificielle

2) Une des 2 images montre un produit/service inventé par moi avec une intelligence artificielle. Laquelle ?

3) Ces 2 images montrent des produits/services inventés par moi avec une intelligence artificielle.

Image A

Matelas gonflable “Fontaine” pour le plaisir (et le repos !) de sentir une multitude de petits jets d’eau tomber sur soi

Image B

Une chambre d’hotel insolite proposant 2 lits en forme de cercueil, pour un repos semi-éternel.

La réponse est : aucune des 2 images ne montre un produit ou un service inventé par moi avec une IA. L’image A montre le “matelas fontaine” de la marque chinoise Jonrryin, disponible en France sur Amazon par exemple. L’image B montre une des chambres de l’hotel Propeller Island à Berlin, qui proposait (apparemment l’hotel a récemment fermé ses portes) des ambiances les unes les plus insolites que les autres. La chambre au cercueil était une des plus populaires, à tel point qu’ils ont du mettre une affiche alertant sur un certain danger :