par Cid de Andrade. Édition #3 du 5 Mai 2026

Temps de lecture : 9 minutes

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Parmi l’infinité de choses que j’ai appris sur la vie depuis je que vis en France (18 ans déjà !) il y a cet adage, combien de fois dit à l’unisson en tant que conclusion ultime et simplissime de débats très complexes :

« Vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade ».

Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre toute la profondeur de cette phrase. Je sous-estimais la puissance philosophique de cette perle de la sagesse populaire, à la fois cruelle, honnête, sarcastique et humble.

Dans la vie, il vaut mieux être chanceux que malchanceux. Une hypothèse audacieuse, mais que je suis prêt à défendre.

Je ne suis pas particulièrement superstitieux, mais je crois à l’existence de la chance et je constate qu’elle joue un rôle important dans plusieurs aspects de la vie. Je crois aussi qu’avec un peu de pragmatisme et de stratégie, on peut même l’inciter, la provoquer.

La chance n’est pas une force mystérieuse réservée à quelques-uns. Je suis persuadé qu’elle est un mélange de hasard et d’initiative personnelle. Une partie échappe complètement à notre contrôle. L’autre peut être influencée, car elle dépend directement de ce qu’on fait, souvent sans même nous en rendre compte.

Je parle des circonstances, des comportements et de la somme de petits choix qui vont soit augmenter soit réduire la probabilité que la chance nous sourît. Il doit y avoir des actions concrètes que l’on puisse entreprendre pour augmenter notre propension à vivre de situations “chanceuses” et des rencontres fortuites.

Une grande partie des meilleures choses de la vie vient justement de la fortuité : des connexions décisives avec les bonnes personnes au bon moment, ou des opportunités inattendues qui déclenchent ensuite une chaîne d’événements menant à quelque chose de beaucoup plus grand et positif.

Il y a un synonyme de fortuité que j’aime bien : la sérendipité. Il vient du domaine des sciences et apporte en plus la nuance du pas en avant. C’est un anglicisme entré dans l’usage en français depuis longtemps : c’est le fait de faire par hasard une découverte inattendue qui s’avère ensuite fructueuse.

Les choses fortuites peuvent s’avérer positives ou pas, alors que la sérendipité relève des bonnes nouvelles, de la vie qui va de l’avant. De la chance, donc.

« Qu’est-ce que je pourrais faire, ici et maintenant, pour être davantage chanceux ? »

C’est justement cette question qui régulièrement me conduit à m’intéresser à la sérendipité et à comment nos initiatives influencent les phénomènes que l’on attribue spontanément au hasard. J’aimerais mieux comprendre dans quelles conditions la chance devient plus fréquente, ou au contraire plus rare. En mettant bout à bout ce que j’ai lu, observé et vécu, trois principes ressortent clairement.

1. Avoir le courage d’être authentique

Se rendre visible tel que l’on est réellement, sans trop réfléchir. Sans être continuellement en représentation. Sans trop intellectualiser la construction et l’entretien de l’image personnelle que l’on veut dégager et construire. Sans s’écouter parler et analyser en temps réel chacun de nos gestes et chaque mot qui sort de notre bouche.

Les meilleures choses de ma vie viennent de situations où j’ai été authentique. Je n’arrive même pas à imaginer combien m’ont échappé, si je pense à toutes ces autres fois où je ne l’ai pas été.

Une chose est d’être naturellement authentique en famille ou entre amis, et encore, ce n’est déjà pas évident pour certains ; en fonction du profil de la famille ou du groupe d’amis en question.

Une autre chose est de réussir à être authentique dans un environnement professionnel, ou encore dans un environnement personnel à un moment à “fort enjeu”.

Ai-je été totalement authentique lors de réunions clients, d’entretiens d’embauche ou d’événements de networking, aux époques où j’étais “à l’écoute du marché” ? Ai-je été systématiquement authentique face à des amis d’amis que l’on venait de me présenter, ou lors des premières rencontres avec des filles avec qui j’avais échangé les numéros de portable en soirée la veille ? Sûrement non.

À certains moments, j’étais plus proche d’un personnage que d’une personne.

Ça vaut le coup de réfléchir sérieusement à l’authenticité, pour une raison simple : une partie de notre “chance” dépend de ce que l’on fait. Si nos comportements sont alignés avec qui nous sommes vraiment, ils vont naturellement orienter les opportunités dans une direction cohérente avec nos envies. À l’inverse, si l’on joue un rôle, on finit par attirer des situations adaptées à ce rôle, et non à nous-mêmes.

Par manque d’authenticité, on finit par biaiser notre chance, voire la rendre inadéquate et inutile.

Pour toute personne, et encore plus pour les personnes créatives (qu’elles soient artistes ou pas), il est très facile de tomber dans le piège du mimétisme, d’analyser ce qui “fonctionne” chez les autres et d’essayer d’imiter, en cherchant le succès à partir de critères externes plutôt que d’explorer sa propre voix.

Cela vaut pour toutes les formes d’expression personnelle. Le problème, c’est qu’on finit parfois par ressembler à quelqu’un… sans vraiment devenir nous-même quelqu’un d’unique.

À partir du moment où, grâce à une démarche active et l’effort qui va avec, on arrive à ne plus regarder uniquement vers l’extérieur et que l’on commence à se tourner vers l’intérieur de nous-mêmes, on commence enfin à être capable de valoriser notre expression authentique, ce que l’on est, plutôt que de se présenter comme une copie de modèles existants.

En étant authentique on devient naturellement attirant pour les bonnes personnes et les bonnes opportunités. Les personnes cherchant quelqu’un comme nous, les situations où quelqu’un comme nous pourrait et devrait avoir sa place.

Plus le temps passe et plus je confirme la pertinence de cette démarche et l’existence de ce cercle vertueux : plus j’évite d’être inauthentique, plus je deviens chanceux.

2. Socialiser pour le plaisir de le faire, sans intérêt précis

Le deuxième principe consiste à rester ouvert à de nouvelles relations, personnelles comme professionnelles, et éviter à tout prix la fermeture d’esprit qui nous fait croire que l’on a déjà assez d’amis. Entre le manque de temps et les agendas chargés, on se dit facilement : à quoi bon en ajouter ?

Dans le monde du travail, le mécanisme est le même : une longue période de stabilité peut donner l’impression que l’on n’a plus besoin d’élargir son entourage.

Mais on n’a jamais trop d’amis ou d’alliés. Ne nions pas notre nature humaine : les êtres humains sont des animaux sociaux.

Le mot networking ne me plaît pas beaucoup. Je le trouve réducteur, parfois même intimidant. Mais l’éviter serait un peu hypocrite. Il désigne une réalité qui existe : la socialisation intéressée. Bien faite, elle peut être à la fois pertinente et efficace, à condition d’y mettre de l’élégance, de l’empathie et… de l’authenticité.

Ceci dit, même dans le contexte d’un réseautage intéressé, la pertinence ne dépend même pas d’une stratégie ou d’une demande précise. Très souvent, j’ai simplement envoyé un message du type « j’aimerais un jour faire le type de travail que vous faites, vous aurez probablement de précieux conseils à me donner », et cela a débouché sur des amitiés ou des collaborations. Pas systématiquement mais suffisamment pour que le bilan effort versus résultat soit largement positif.

Que la démarche soit intéressée ou purement généreuse, rencontrer des personnes différentes, avec des parcours variés, augmente naturellement les chances de sérendipité : on s’expose volontairement à de nouvelles idées, perspectives et expériences. Ça peut nous arriver de tomber sur une seule idée ou un seul point de vue qui change complètement notre trajectoire. Cette probabilité reste très faible si on reste toujours dans le même cercle social, à entendre les mêmes choses.

C’est aussi une manière de “planter des graines” liées à nos souhaits et nos ambitions. En discutant de notre parcours et de ce que l’on fait, on augmente notre “surface d’exposition” à la chance : quelqu’un pourra penser à nous plus tard en entendant parler d’une opportunité pertinente. Dans le doute, il suffit de socialiser, de rester ouvert à toute nouvelle rencontre.

Ce type de socialisation que j’essaie de décrire relève aussi d’une certaine humilité. Si on se dit que l’on ne peut pas juger par les apparences et que chaque personne sur ce monde est probablement meilleure que nous en quelque chose ; on se rend compte que chaque rencontre peut être le début d’une nouvelle amitié, et que chaque personne pourra (au moins) nous apprendre quelque chose.

Si l’humilité est une forme d’intelligence et de lucidité, soyons donc intelligents et lucides, socialisons davantage et de façon désintéressée. Ça nous rendra plus chanceux par ricochet.

3. Faire des choses qui semblent un peu trop audacieuses

Le troisième principe est peut être le plus important : ne serait-ce que de temps en temps, tenter des choses que l’on classerait comme “irrationnelles” ou “hors de notre portée”.

Demander, proposer, contacter, envoyer des candidatures, même quand la réponse attendue est “non”. Sortir volontairement de ce que l’on considère comme étant notre “niveau”.

La plupart des limites ne sont pas externes, on se les impose à soi-même. On les construit à partir de l’image que l’on a de soi et d’une estimation personnelle de ce qui est raisonnable. Cette estimation étant forcément perméable aux “ça ne se fait pas” des mœurs et codes implicites du milieu social dans lequel on évolue.

C’est lorsque que l’on commence à viser des choses qui semblent déraisonnables, "vouées à l’échec”, que l’on découvre qu’elles fonctionnent plus fréquemment que prévu.

J’ai eu ce déclic à 20 ans. J’ai envoyé une lettre au directeur d’une école de communication privée très prisée, sous la forme d’une annonce “all-type” : ces publicités à l’ancienne, 100% texte, sans image. J’y expliquais qu’un jeune homme fauché mais motivé méritait bien une bourse pour intégrer leur première promotion en création publicitaire. Le fait que cela ait fonctionné m’a profondément marqué.

Dans les décennies qui ont suivi, j’ai vécu au moins trois autres situations de ce type. À chaque fois, le contexte était différent, mais le point commun restait le même : un objectif qui, au départ, semblait trop audacieux pour être réaliste. Ce n’est pas quelque chose que je vois très souvent autour de moi. Mais je suis loin d’être le seul : j’ai aussi vu d’autres personnes viser encore plus haut et réussir.

Il s’agit tout simplement de ne pas avoir trop peur d’un refus ou d’être snobé. Ne pas essayer, c’est déjà obtenir un “non”. La seule question est de savoir si l’on tente d’obtenir un “oui”.

Je ne suis évidemment pas capable de tout, et la plupart de mes tentatives les plus audacieuses ont échoué. Mais elles ont toutes produit un effet important, y compris les échecs : quelque chose s’est reconfiguré.

Certaines choses ne me semblent plus “réservées aux autres” ni “impossibles pour quelqu’un comme moi”.

Ce n’est pas une logique de performance. C’est une manière de déplacer notre regard sur ce que l’on considère comme acceptable à essayer. En agissant ainsi, on devient plus à l’aise avec l’idée de se lancer. Et paradoxalement, certaines tentatives réussissent.

On devient alors “chanceux par construction”.

Authenticité, socialisation, audace. Oui, je sais, on est à deux doigts de redécouvrir l’eau chaude.

Je ne les présente pas comme des découvertes. Mon objectif est plutôt de rappeler leur importance, et le rôle réel qu’elles peuvent jouer dans nos vies. Et il n’y a pas d’âge pour prendre ce sujet au sérieux. Ce n’est jamais trop tôt, ni trop tard.

Il ne s’agit pas de changer qui l’on est, mais de modifier des comportements qui, eux, peuvent évoluer. Et c’est précisément pour cela que ça fonctionne.

L’enjeu n’est pas simplement de “devenir chanceux”. C’est de déplacer, légèrement, la frontière de ce qui peut nous arriver.

Et de découvrir qu’elle est moins fixe qu’elle n’en a l’air.

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