par Cid de Andrade. Édition 12 du 6 Juin 2026
Temps de lecture : 4 minutes
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J'ai découvert le concept de “définition des peurs” en 2017, dans une conférence TED de Tim Ferriss. Sur le moment, j'ai trouvé l'idée intéressante, je l'ai rangée quelque part dans un coin de ma tête, et je suis passé à autre chose.
Ce n'est qu'en 2019 que je me suis vraiment intéressé à son idée de fear setting, comme il l'appelle en anglais. Je traversais alors une période compliquée, devant affronter une situation qui me faisait vraiment peur. Cet outil que j'avais laissé dormir dans un tiroir m'est alors revenu en tête.
La définition des peurs est le pendant de la définition des objectifs, cette démarche que l'on connaît bien et dont on ne discute plus l'utilité. Son déclic à lui : si bien définir nos objectifs nous aide à les atteindre, y voir plus clair du côté de nos peurs ne peut que nous aider à les surmonter.
Le point de départ, c'est une phrase de Sénèque que j'aime beaucoup :
« Nous souffrons plus souvent en imagination qu'en réalité. »
La peur joue des tours à notre esprit. Elle brouille notre capacité à réfléchir clairement, à regarder une décision avec un minimum de bon sens. Quand on a peur, deux choses se passent presque toujours.
On exagère les conséquences négatives de ce qu'on s'apprête à faire. Et dans le même temps, on oublie complètement les bénéfices possibles, ainsi que le prix de ne rien faire du tout.
Notre réflexe naturel, face à la peur, tient en deux temps : on la ressent, et l'on s'en éloigne le plus vite possible. Le fear setting propose l'inverse. On s'approche. On regarde nos peurs de très près, et on les définit avec méthode. C'est cette visibilité qui nous permet ensuite de les traverser au lieu de tourner autour.
Changer de travail. Quitter une ville. Se lancer dans un projet qui nous dépasse. Mettre fin à quelque chose, ou au contraire s'y engager pour de bon. Choisir sa stratégie de “limitation des dégâts” face à une situation déjà compliquée.
Tout type de situation qui nous fait peur mérite qu'on prenne un cahier et un stylo, et qu'on s'installe au calme, sans téléphone, sans écran, sans rien pour se distraire. Ne serait-ce que pendant quelques minutes, même si la décision est urgente. La méthode est simple, en 3 étapes.
1. Regarder la peur en face
Le premier exercice consiste à se rapprocher de ce qui nous effraie. On commence par définir ses peurs noir sur blanc, avec des mots simples.
Quels sont les pires scénarios ? Qu'est-ce qui pourrait mal tourner si je prends cette décision ? Il faut être honnête, précis, aller jusqu'au bout de chaque crainte plutôt que de la laisser dans le flou.
Ensuite, pour chacun de ces scénarios, deux questions. Comment pourrais-je réduire le risque qu'il se produise ? Quelles actions concrètes diminueraient la probabilité que ça arrive vraiment ?
Et si, malgré tout, le pire finissait par survenir, comment pourrais-je réparer les dégâts ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire, et à quel prix, pour remettre le train sur les bons rails ?
À la fin de cette première étape, on y voit déjà beaucoup plus clair. On connaît ses peurs, on sait ce qu'on peut faire pour les éviter, et on a une idée du coût réel pour réparer les choses si jamais elles tournaient mal.
2. Regarder ce qu’on a à gagner
La deuxième étape sert à rééquilibrer la balance, à remettre les bénéfices sous nos yeux pour retrouver un peu de lucidité.
On note donc ce que l'hypothèse en question pourrait nous apporter de positif. Puis on essaie d'en mesurer l'ampleur. Quel impact réel ces bénéfices auraient-ils sur notre vie, sur notre bonheur, sur notre sentiment d'avancer ?
On passe ainsi en revue les principales hypothèses. À la fin, on a sous les yeux ce que la peur nous avait fait oublier : tout ce qu'il y a à gagner.
2. Estimer le coût de l’inaction
Face à la peur, on risque de rester tétanisé, ou simplement perdu parmi trop de possibilités, et de finir par ne rien faire. C'est un risque bien réel. Si je ne fais rien, si je reste exactement là où je suis, qu'est-ce qui se passe ? Dans six mois, dans un an, dans cinq ans ?
On a une fâcheuse tendance à oublier que ne rien faire est aussi une décision, avec ses propres conséquences. Les mettre par écrit, elles aussi, remet souvent les idées en place.
Une fois les trois étapes terminées, on lève le nez du détail pour regarder l'ensemble. Et quelque chose a changé. La décision qui paraissait floue et menaçante devient un peu plus nette, un peu plus calme. On a peut-être toujours peur, mais on sait précisément de quoi. Et savoir de quoi on a peur, c'est déjà une bonne partie du chemin parcouru.
Ce qui me plaît dans cet exercice, c'est qu'il ne demande presque rien. Pas de talent particulier, pas de longue préparation. Un bout de papier, un quart d'heure de tranquillité, et l'honnêteté d'écrire ce qui nous traverse vraiment.
La prochaine fois qu'une situation compliquée ou une grande décision vous empêche de dormir, essayez. Posez vos peurs sur le papier, une par une, et regardez-les bien en face. Vous découvrirez sans doute qu'elles sont plus petites écrites que pensées.
La plupart du temps, le pire du pire se joue dans notre tête bien avant de se jouer dans nos vies. Et le plus souvent, il n'arrive jamais pour de vrai.

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