par Cid de Andrade. Édition #6 du 16 Mai 2026

Temps de lecture : 3 minutes

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Ceux qui, comme moi, ont des adolescents à la maison ont certainement entendu, non sans une légère exaspération, leurs enfants utiliser le mot anglais aesthetic à toutes les sauces. Prononcé à la française, bien entendu.

D'après ce que mon ainée de 15 ans a bien voulu m’expliquer, on peut l’utiliser pour qualifier n'importe quelle chose ou situation jugée belle, jolie, pittoresque.

On a beau leur expliquer qu'il existe déjà un mot en français pour cela, et qu'il suffit d'enlever le “a” pour parler correctement, rien n'y fait. Si les influenceurs disent aesthetic sur YouTube et sur Insta, alors c'est aesthetic, un point c'est tout.

Quelques secondes d'insistance en trop, et voilà la phrase qui clôt définitivement le débat : « Tu ne peux pas comprendre, papa. »

Il y a sûrement des délires et des “rèfs” d'ados d'aujourd'hui qui me dépassent complètement. Mais je comprends très bien son engouement actuel pour les choix esthétiques.

Beau versus moche, mignon vs. dégoûtant, cool vs. has been, chic versus ringard, stylé versus “la gênance” : ce sont des arbitrages quotidiens pas aussi anodins qu'ils en ont l'air, et ce dès l'enfance.

Je suis persuadé que nos choix esthétiques révèlent quelque chose de profond sur ce que nous sommes.

Que vous préfériez aujourd’hui le métal au bois, le minimalisme aux choses un peu rococo, les angles francs aux courbes douces, tout cela parle de vous, au fond.

Ces préférences, qu’elles soient tranchées ou plutôt flexibles, ne sont pas le fruit du hasard. Elles viennent de cette partie de vous-même qui a décidé, il y a longtemps, à quoi ressemble la sécurité, ce que signifie se sentir chez soi, ce à quoi ressemble la vérité. Les objets dont vous vous entourez sont la forme visible de votre monde intérieur.

Prenons un exemple : quelqu'un attiré par le verre et l'acier cherche peut-être, sans le savoir, à projeter une image de modernité ou de réussite. Quelqu'un qui choisit le bois penche peut-être vers l'authenticité, la chaleur, quelque chose qui dure. Ou pas, car ce n’est pas si simple.

La personne au mobilier épuré a peut-être grandi dans un foyer chaotique, et l'ordre dans son salon lui rend un peu de sérénité. Celle qui aime l’exubérance d’un style un peu baroque a peut-être été élevée dans une maison beige et sans âme, où tout était parfait, fonctionnel et étouffant.

La plupart du temps, nous ne voyons pas ces choses en nous-mêmes. C'est l'inconscient qui tient les rênes. Ce qui veut dire que le goût n'est pas superficiel, même quand il en a l'air.

Même quand on scrolle sur une boutique en ligne distraitement. Même quand on prend la première option en rayon parce que c'est la moins chère. Ou quand on rachète le même pack de t-shirts sans y penser. On est en train de choisir.

Choisir une lampe, une tasse, une paire de baskets, c'est choisir une façon de voir le monde. C'est dire : voilà ce qui compte pour moi, ce qui a de la valeur à mes yeux, ce qui a sa place dans ma vie. Chaque achat, chaque objet que vous portez ou posez chez vous, est une petite déclaration personnelle.

Vous choisissez parfois l'efficacité, le fait-main, la nostalgie, la beauté, la sécurité ou l'espoir; parmi tant d’autres symbolismes et repères.

Nous traversons le monde en faisant des choix esthétiques en permanence, des vêtements que l’on choisit chaque matin aux espaces de vie que l'on façonne au fil du temps. Que l'on s'en préoccupe ou non, tout cela compte.

Je ne fais pas un plaidoyer pour l'obsession du détail ou le contrôle de chaque choix esthétique, bien au contraire. Laisser sa curiosité guider ses choix, plutôt que les algorithmes, les tendances et la publicité, c'est rester en contact avec ce qu'on est vraiment.

Nos goûts sont le reflet de notre paysage intérieur. Et ce paysage, on peut apprendre à le lire.

Il suffit d'observer ce vers quoi on se tourne naturellement, et de se demander pourquoi ; pas forcément de manière systématique, mais de temps en temps, au gré de la curiosité.

Pourquoi cet objet me plaît-il autant ?

Ce que j'achète, ce que je porte, ce que je pose chez moi : autant de petits indices sur ce que je suis vraiment.

C'est peut-être l'un des exercices de connaissance de soi les plus accessibles. Pas besoin de grand effort ni d'introspection savante : il suffit de prendre l'habitude de remarquer ses propres choix, et de se demander d'où ils viennent.

On passe beaucoup de temps à essayer de se comprendre. Thérapeutes, journaux intimes, parfois des soirées entières passées à en débattre. Parfois, la réponse est posée sur l'étagère du salon.

Un de ces jours, j'essaierai d'expliquer tout ça à mes deux filles, d'une façon qui leur parle. En attendant, j'observe ce qu'elles choisissent de porter, ce qu’elles accrochent aux murs de leur chambre, ce qu’elles jugent digne de leur argent de poche. Elles se dévoilent déjà, sans le savoir.

Test d’intuition

Certains parmi vous, très intuitifs, m’ont proposé de, ne serait-ce que de temps en temps, augmenter le niveau de difficulté de ce petit test. À vos risques et périls : une image montre un vrai faux Macron (donc un vrai sosie du président) et l’autre montre un faux sosie de Macron généré par IA. Saurez-vous faire la différence ?

Image A

Image B

La réponse est : l’image B montre le vrai sosie de Macron (plus d’infos sur lui ici) et l’image A montre un faux sosie généré par IA