par Cid de Andrade. Édition 24 du 18 juillet 2026

Temps de lecture : 2 minutes

Petit mot pour celles et ceux qui viennent d'arriver : face à l'IA et à la tyrannie des algorithmes, s'arrêter pour réfléchir est presque devenu un acte de résistance. C'est ce que propose Déclic, deux fois par semaine, tous les mardis et samedis.

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Comme le candide n'est pas dévoré par l'ambition, alors il a le temps. Le temps de regarder autour de lui, d'écouter, de toucher un peu le monde.

Il peut rester assis presque sans bouger pendant deux heures. Si on lui demande pourquoi il ne fait rien, il répond qu'il fait quelque chose, justement. Il pense.

Méfions-nous d'une confusion courante : un candide n'a rien d'un imbécile. Beaucoup d'imbéciles, d'ailleurs, sont de fins malins.

Le malin passe ses nuits à manigancer ou à redouter qu'on le berne. Le candide, pendant ce temps, dort.

Quand il faut se sortir d'une situation, le malin ne pense qu'à la ruse. Le candide n'a pas ça en tête, alors l'idée lui vient autrement, presque toute seule.

Le malin finit par gagner, avec un ulcère à l'estomac. Le candide gagne aussi, sans même s'en apercevoir.

Les malins gagnent des choses sur le dos des autres. Les candides gagnent la vie.

Bien sûr, ça se paie parfois. Quelqu'un achète un smartphone d'occasion en « parfait état » sur la seule parole d'un inconnu sur Le Bon Coin. Forcément, la batterie ne tient pas plus de trois heures.

Il y a pire, et le candide ne le voit jamais venir : le sale coup de la personne dont on se méfiait le moins. Heureusement que ça n'arrive jamais plus qu'une ou deux fois dans la vie, même aux candides.

De toute façon le candide ne sera jamais suffisamment malin pour ne plus jamais faire confiance, s'ouvrir ou se donner à quelqu'un. Le candide est incorrigible.

Si le Christ avait été malin, il ne serait pas mort sur la croix.

Le candide est si attachant que des malins se mettent à l'imiter. Sauf qu'on n'imite pas la candeur. C'est une forme de création, et comme toute création, c'est difficile. Voilà pourquoi ils n'y arrivent pas.

Le candide ne se plaint pas. En revanche, qu'est-ce qu'il s'émerveille.

Heureux les candides : ils comprennent des tas de choses sans que personne s'en doute. Et le jour où on s'en aperçoit, ça leur est bien égal.

Avec toutes leurs clowneries et blagounettes, on dirait qu'ils ont gardé en eux l'enfant que les autres ont rangé au placard.

On a l'impression que le candide n'a jamais eu son tour, qu'il passe à côté de tout. Pourtant, ce candide-là s'appelait parfois Charlie Chaplin.

Il y a des endroits où l'on se sent plus libre d'être candide qu'ailleurs. Par exemple les villes de province, dans des coins du monde où on dort tranquille, où on mange à sa faim, et où la dernière guerre est loin derrière. Quelle chance, ceux qui grandissent dans ces coins-là.

Le candide, c'est Chagall, qui peint un amoureux qui flotte dans l'air et se tortille le cou pour embrasser sa muse qui, elle, a au moins un pied sur terre.

On finit presque toujours par trop aimer une personne candide, et il n'y a qu'elle pour provoquer ça. Au fond, c'est l'amour qui fait la candeur.